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"Je hais les musées. Le beau me paraît quelque chose qu’il faut voir, mais non pas regarder, quelque chose qui accroche un instant les yeux pendant que l’on travaille ou que l’on va à ses affaires. Par exemple, si l’on pouvait, boire son café dans une belle tasse ; avoir devant les yeux, pendant le repas, en pleine ville, une fraîche image de prairie et d’arbres, ou, pendant que la neige tombe, les chaudes couleurs de l’été ; s’asseoir et appuyer sa main sur une noble chimère sculptée dans le bois, et usée déjà un peu par tant d’autres mains…" Méditation d’Oriane (Bic rouge) : Jean-Pierre Balpe m’a souvent dit lui aussi — non sa haine, le mot est trop fort — toute sa méfiance vis-à-vis des musées, envers toute cette momification du beau et de la culture où notre société s’enferme. Le patrimoine mort plus important que les vivants. Imaginer comment pourrait être notre environnement quotidien si, au lieu de dépenser des fortunes à conserver le plus petit ostraca sans intérêt, plus encore à restaurer des toiles, par exemple ces peintures religieuses dont nous sommes submergés, si cet argent était consacré à l’amélioration des conditions quotidiennes de vie avec la participation des artistes vivants !… Fermer les musées, répartir les œuvres dans les lieux publics — et même chez les particuliers — les laisser aller vers leur lente disparition (nous avons assez de moyens permettant d’en conserver le souvenir…), quel rêve… Mais notre civilisation, qui a peur de l’avenir, ne sait pas regarder vers l’avant et se rassure comme elle peut en essayant d’ignorer l’avancée du temps, en ne voulant pas voir la mort…
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